30/05/2010

Sainte Aline 10

Mais rapidement le bruit courut dans la région que des guérisons s’accomplissaient en faveur de ceux qui venaient honorer ce tombeau. Un riche seigneur du pays, nommé Osmonde, aveugle et impotent, se fit porter à ladite chapelle où il fut guéri de sa cécité et recouvra le libre usage de ses membres. Se rendant aussitôt chez Levoldus pour lui faire part du miracle, ce dernier se repentit de son crime, fit amende honorable et décida de se convertir. Il se fit baptiser, ainsi que son épouse et prit le nom de baptême de Harold. Dès ce moment, tous deux,  dit-on, menèrent une vie chrétienne exemplaire et on les enterra à Dilbeek dans l'église de Saint-Ambroise qu'ils avaient fait bâtir eux-mêmes.

Sainte Aline

L’histoire

 

Il n’existe aucun élément historique qui confirme la légende elle-même, par contre, les lieux et les personnages cités existaient bel et bien à cette époque et ne sont donc pas mythiques.

On sait que les premières habitations du village de Forest naquirent le long des rives du Geleysbeek, affluent poissonneux de la Senne, vers le VIIe siècle, en période franque donc. Comme son nom l’indique, une vaste forêt s’étendait aux environs du village, lorsque Saint Amand vint y fonder un ermitage dédié à Saint-Denis.[1]                                                           

Dans nos régions, Saint Amand (585-676) fut à l’origine du monastère de Nivelles. C’est Sainte Itta, épouse de Pépin de Landen, qui fonda le monastère en 640 et Saint Amand consacra sa fille Gertrude, qui fut la première Abbesse de Nivelles. Gertrude, rappelons-le, était la marraine de Sainte Gudule, citée plus haut.                                                                                                  Sainte Aline est bien contemporaine de Saint Amand et vécut effectivement à l’époque où celui-ci résida en Brabant, mais il n’est pas démontré que c’est Saint Amand qui instruisit puis baptisa la jeune fille.



[1] Ed. de Moreau, S.J. – Saint Amand, Apôtre de la Belgique et du Nord de la France – Louvain, Museum Lessianum, 1927

Abbaye de Forest

Quant à  l’ermitage de Forest, on sait qu’au VIIe siècle, un habitant du village, récemment converti à la religion chrétienne, offrit une maison en bois et torchis pour y créer un oratoire, qui deviendra l’église paroissiale. Cet oratoire fut consacré par Saint Amand  à Saint Denis l’Aréopagite (membre du Tribunal d’Athènes), converti par Saint Paul et devenu le premier évêque d’Athènes. Ce bâtiment, situé alors au milieu des bois et des marais, se trouvait à l’emplacement de l’actuelle plaine de jeux contiguë à l’église Saint-Denis que nous connaissons aujourd’hui. La chapelle de Sainte Alène et le sarcophage qui s'y trouvait semblent bien avoir fait  l'objet de pèlerinages et de dévotion populaire du VIIe au XIIe siècle. Mais la véritable notoriété n’apparaît qu’au XIIe siècle avec l’apparition de l’Abbaye de Forest.

Sur un terrain offert par Gislebert dAlost,  labbé dAfflighem fonde en 1105 une communauté de moniales nobles, en fait, des sœurs et épouses de nobles de la région qui sont partis en croisade. Gislebert lui-même leur confie sa mère et sa sœur avant de partir en Terre Sainte.

Abbaye de Forest

Portail d’entrée de l’Abbaye de Forest.

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Abbaye de Forest

Ces moniales bénédictines étant cloîtrées, l’église du monastère devait être séparée de l’église paroissiale. Dès le milieu du XIIe siècle une nouvelle église paroissiale est donc construite (la buiten-kerk). Les moniales gardèrent lancienne église (la binnen-kerk) qui sera remplacée au XIVe siècle par une vaste abbatiale. Vendus à la révolution française, labbatiale gothique et le cloître sont démolis vers 1810. Ne subsistent aujourd’hui que les bâtiments néoclassiques construits entre 1764 et 1770. Voilà pour la « binnen kerk ».

Abbaye de Forest

Les bâtiments néoclassiques du XVIIIe siècle de l’Abbaye de Forest.

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Sainte Aline

Mais qu’en est-il de la « buiten kerk » ?                                    

La chapelle Sainte-Alène, église paroissiale indépendante à l’époque, date du XIIe siècle et garde des traces de cette époque (belle arcade en plein cintre et fenêtres, murées pour transformations ultérieures).                                                                                                                

Au XIIe siècle donc, on construisit contre la chapelle Sainte-Alène une église romane dédiée à Saint-Denis et remplaçant l’ancienne église en bois. L’église romane sera elle-même remplacée au XIIIe siècle par un bâtiment en gothique primaire: le chœur de l’église Saint-Denis actuelle. En 1470, outre d’autres transformations, la chapelle Sainte-Alène et l’église Saint-Denis ne formèrent plus qu’un seul édifice, par l’ouverture d’une arcade en arc brisé.