30/05/2010

Sainte Aline

Sainte Alène (Aline) de Dilbeek

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Sainte Alène tenant un arbre, entre l’église Saint Denis et la châsse contenant ses reliques

Sainte Aline

Introduction

 

Alène ou Aline, est un prénom féminin dérivé d'Adelin, forme d'"Adeline" qui signifie "noble et douce" en langue germanique (du préfixe adal, noble et  lind, douceur).

Sainte Alène (en Brabant), alias Sainte Aline (en France), est une vierge et martyr du VIIe siècle (elle serait morte aux environs de 640), mais sa Légende ne sera rédigée que cinq cents ans plus tard, soit au XIIe siècle. Légende ne signifie pas ici conte édifiant ou récit merveilleux, mais doit être pris dans son sens premier, venant du latin « legenda » : « ce qui doit être lu ». Le vrai sujet n’est dès lors pas non plus historique (notion moderne qui intéresse peu l’homme du moyen-âge), mais consiste plutôt « à décrire un conflit dont Dieu et l’Esprit du mal sont les protagonistes et dont l’homme est à la fois le terrain, l’enjeu et l’acteur.[1] »

 

Sainte Alène (nous l’appellerons ainsi dorénavant) a sa légende et son culte bien ancrés dans le terroir bruxellois.

Mais remise dans son contexte, cette légende de Sainte Alène se rapporte à la période de conversion des païens Francs. Or les Francs sont issus des tribus germaniques qui conquirent la Gaule au Ve siècle de notre ère. Il n’est donc pas étonnant que la Sainte soit également vénérée dans les pays germaniques et slaves (Alina, Lena, Ilona, Aljona).

 

Sa fête se célèbre le 16 juin en Belgique, le 20 octobre dans les autres pays catholiques et le 19 juin dans les pays chrétiens orthodoxes.

 



[1] RP Hervé Savon, Introduction à « la Légende dorée » de Jacques de Voragine.

Sainte Aline

La légende

 

Alène était la fille de Levoldus (en latin, Léopold en français, Leeuwold en langue locale) et de Hildegarde, châtelains de Dilbeek, dans le Brabant, à lépoque du roi Clovis II (qui régna de 635 à 657).   Son père était un seigneur Franc et était donc païen comme la majorité des Francs de cette époque. Certains textes disent qu’elle est née aux environs de l’an 630.                                     

Elle appartient à la génération précédant celle Sainte Gudule, fille du comte Witger et de Sainte Amalberge, qui serait née vers 650 au château de Hamme, près d’Alost, et serait morte aux environs de 712. Gudule était la nièce de Sainte Gertrude de Nivelles, dont l’abbaye fut créée en 640, date présumée de la mort de Sainte Alène.

 

Revenons à Levoldus (littéralement : le vieux lion).

Un jour quil chassait sur les bords de la Senne, il arrive à Forest où il rencontre un ermite qui lui parle de la religion chrétienne. Rentré chez lui, il raconte son aventure aux membres de sa famille. Sa fille Aline se sent attirée par cette nouvelle foi chrétienne. Elle se rend auprès de lermite, et après avoir été instruite dans la foi reçoit le baptême. La légende précise même :

 

« Saint Amand qui se trouvait alors à Forest, la reçut à bras ouverts et ne pouvait se lasser de ce que l’Esprit-Saint avait opéré dans son cœur. Il acheva de l’instruire, et lorsqu’elle fut suffisamment éclairée sur tout ce qu’elle devait croire et pratiquer, il lui conféra lui-même le Saint Baptême. »[1]



[1] Vie des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes, 1773 ; Acta Sanctorum, juin, t3.

 

Sainte Aline

A partir de ce moment, elle assiste aux offices religieux célébrés par l’ermite de Forest, et la légende rapporte que ses activités s’accompagnent souvent de prodiges.

Ainsi, un jour qu’elle se rend de nuit à Forest, elle trouve la porte de l’église close. Un valet lui explique le prêtre est souffrant, mais elle lui dit d’aller le chercher et, quand le valet arrive chez le prêtre, celui-ci est instantanément guéri.

Une autre fois, comme elle ne voulait pas rentrer dans l’église avec son bâton de marche, elle l’enfonce dans la terre.           

 

« Après le service divin, lorsqu’elle sortit de l’église et voulut reprendre son bâton, elle trouva qu’il avait poussé des branches et des feuilles. La tradition du pays porte, que c’est le noisetier,  que l’on voit encore  à Forest, près de l’église paroissiale. »

 

Mais son père, furieux de la voir s’intéresser à cette nouvelle religion qu’il considère comme une religion pour les faibles, le lui interdit. Elle ne tient toutefois pas compte de cet ordre et s’échappe de nuit du château pour assister aux offices. On dit même qu’elle soudoya le gardien chargé par son père de la surveiller en lui donnant ses perles.

Bref, la nuit, à l'insu de ses parents, elle s'échappait du château de Dilbeek et, à travers les champs, halliers et prairies, elle se hâtait pour entendre la première messe célébrée à l’aurore à l’oratoire de Forest.

Levoldus, informé des mystérieuses sorties nocturnes de sa fille, donna à un de ses gardes  l'ordre de la suivre. Or donc, la nuit suivante, comme d'habitude, Aline quitta la demeure paternelle. Le garde qui veillait, se mit à la suivre, sans qu'elle s'en doutât. Et voici qu'arrivée au bord de la Senne, la jeune fille traversa la rivière en marchant miraculeusement sur l'eau.

Le garde ne put la suivre, car il n’y avait à cet endroit ni bateau, ni pont.

Le garde s'empressa d'aller conter le prodige à son maître.

 

Sainte Aline

Sainte Alène traversant la Senne en marchant sur l’eau.

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Sainte Aline

Celui-ci, furieux, envoya ses hommes d’armes pour la ramener de force.

 

“C'est de la sorcellerie, fulmina Levoldus, prenez vos armes, emparez-vous d'elle et amenez-là moi !”.

 

Les hommes d'armes guettèrent donc le retour de la jeune fille. Surgissant des roseaux de la rive ils sautèrent sur elle. Elle tenta d’abord sans succès de se libérer de leurs mains. Aline supplia ensuite les soldats de son père de la laisser aller mais, devant leur refus, elle parvint à s'accrocher de toutes ses forces au tronc d'un peuplier.

 

« Dans la rage qui les animait, ils se jetèrent sur elle, et les efforts qu’ils firent furent si grand, que le bras par lequel ils la tiraient se rompit et leur resta même dans les mains, séparé du reste du corps. Son corps demeura noyé dans son sang, et son âme innocente et déjà pleine de mérites, alla recevoir de son divin époux la double couronne de Vierge et de Martyre.»

 

Sainte Aline

Sainte Alène résiste aux soldats en s’accrochant de toutes ses forces à un arbre.

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